Melancholia (2011)

In brief flashes, life is wonderful. (Lars Von Trier)



Une des choses les plus frappantes avec Melancholia, c'est au final l'étrange douceur qui s'en dégage. Car loin du tumulte cannois où le métrage n'avait pas sa place (car trop fragile, trop proche, trop inconfortable pour l'ordre établi), Melancholia s'avère être un voyage intime vers la sérénité autant qu'un film à l'angoisse cosmique. Bergman adaptant L'Expérience Intérieure de George Bataille sur un scénario de Kubrick. ah, ah, ah !!!


.
Non, sans rire. De Bataille, on retrouve le goût de la bravade antisociale, en signe de reconnaissance, histoire de faire le ménage autour de soi, de se retrouver seul, pour de vrai. Le goût du scandale aussi, on se sent vivant, on tente, on provoque, on n'invoque pas. Et la mélasse, les mauvais rêves, les fils laineux, grisâtres qui entravent, les rapports sociaux en friction permanente, jusqu'aux rixes, à l'explosion. Et puis... rien. La vie, quoi. Ce que scrutait Bergman de son oeil toujours étonné et lucide, au plus près de la chair-même. Notre violence à nous-même au bord du vide. là où Kubrick pointait aussi sa caméra, en mode macro (Eyes Wide Shut) comme à l'über grand angle (2001, L'Odyssée de l'Espace). Un des tours de forces de Melancholia étant de jouer les deux échelles sans verser dans le préchi-précha new-age. Plus Nietzsche que Ron Hubbard, donc.



Voilà pour la formule, pas si gratuite que cela. Et puis, on aime les jeux par ici, les fantasmagories, les cabanes magiques, les filles nues au clair des lunes, les quatres vérités dites entre quatre yeux, Charlotte G. et Kirsten D... Et aussi la technique hallucinante de LVT, sa façon de mêler plans ultra stylisés et caméra à l'épaule avec décadrages (voire zooms "approximatifs"), créant de vrais moments de saisissements esthétiques. Maitre de tous ses effets, du vérisme le plus dogmatique à une stylisation baroque glaçante, LVT épate.

Un mot pour conclure sur la structure en deux temps. Parler de la justesse dans la peinture de la dépression et de la violence qui en découle (très Bataille, ça), du grand vide temporel de la première partie et du curieux suspens qui s'ensuit. Puis évoquer la promesse du climax final; mais le temps ne s'écoule plus, la dynamique se retourne, les rôles aussi. Ne reste plus qu'à s'abandonner dans la contemplation esthétique et la résignation, seul chemin vers une joie inaliénable.



le bonus : au plus près de la méthode LVT, De ydmygede aka The Humiliated (Jesper Jargil /// 1999), documentaire sur le tournage des Idiots... ;-)

Part 1 /// Part 2 /// Part 3