Fukushima Unredacted

Redacted : relater quelque chose tout en passant sous silence des informations "sensibles".



Drame déjà à la limite du fantastique (cette catastrophe molle qui ne veut pas mourir; pour preuve la radioactivité aux abords de la centrale qui vient de dépasser, au dimanche 04 septembre, la dose létale des 10 sieverts par heure, approchant ainsi le niveau de contamination atteint à Hiroshima, à 700 mètres du point d’impact de la bombe atomique...), Fukushima vient de tomber dans le domaine du mythe - avec à peine six mois au compteur ! Deux vidéos ouvrant une fenêtre sur une vérité sourde et terriblement blessante.



Vidéo officielle mais indépendante tournée par une équipe de journalistes de la télévision japonaise, Inside Report from Fukushima Nuclear Reactor Evacuation Zone se présente comme le road movie ultime. Long plan-séquence (coupé au montage) détaillant le parcours en voiture menant de la périphérie de la zone évacuée au charmant voisinage de la centrale sinistrée, le film tire sa tension des paysages - scènes distordus par le passage du tsunami mais étonnamment calmes sous le doux soleil printanier - troublés par le crépitement du compteur Geiger surveillant la radioactivité présente.

Violence inouïe de ces images vidées de toute présence humaine et de ces animaux abandonnés à leur sort, ici s'empoisonnant paisiblement en broutant les herbes folles, là montrant ostensiblement leur joie de croiser l'équipe de tournage, tant ils se retrouvent rongés par la solitude et la malnutrition (le bulldog à 9'17...). Les animaux sont fous. Ou simplement naïfs. Tout est de notre faute. Et l'on pense au Stalker de Tarkovski. Autant pour le voyage dans la zone que pour ce chien triste que l'on aperçoit dans la séquence du rêve. C'est cela, oui... Une tristesse insondable.



Plus mystérieuse, cette vidéo dite "de l'employé montrant du doigt". Une séquence récupérée de la webcam du site de TEPCO, l'opérateur bluffeur de la centrale de Fukushima. Officiellement, TEPCO ne sait pas qui est ce personnage sans signe d'identité visible. L'étrangeté de l'affaire est que l'individu est tout de même resté là sans être inquiété pendant presque une demi-heure (la vidéo postée ici résumant en trois minutes la longue harangue muette). Debout, face à la webcam, en direct pour le monde entier, pointant du doigt qui le regardera. Comme un J'accuse venant d'outre-monde. 

Alors fantôme? Terroriste? Performance d'art contemporain? Avertissement d'un voyageur temporel? Cérémonie religieuse? Pénalité surréaliste d'un jeu entre employés? Fukushima n'aura pas fait qu'ouvrir une porte de l'enfer sur terre, mais aussi replonger l'humanité dans un monde mythique où un certain pragmatisme matériel cède la place à une super puissance illustrative. Là où les images font sens sans plus d'explications.



Un autre article autour de la vidéo de l'employé montrant du doigt sur Les Films Libèrent La Tête.