Funky Forest : The First Contact (2004)

Quand les roses fleurissaient, sortaient les filles
On voyait dans tous les jardins danser les jupons
Puis les roses se fanaient, rentraient les filles
Pour passer dans leurs doux écrins le temps des flocons.

(Salvatore Adamo /// Quand Les Roses)



Katsuhito Ishi est un joyeux drille. Entre outrances et moments de suspension, son cinéma a valeur de décrochage total: expérimentations sur le rythme, les narrations éclatées, mise en place d'une surréalité rippant sur le monde des rêves, fables ayant beaucoup à voir avec les derniers livres facétieux de Kobo Abe tel que Cahier Kangourou ou certains Haruki Murakami. Ainsi, Funky Forest, oeuvre-chorale conçue avec deux amis d'enfance et évoquant dans ses jaillissements fantastiques et sa thématique le diptyque La Course au Mouton Sauvage/Danse, Danse, Danse.



Composé de saynètes toutes plus étranges les unes que les autres et évoquant des "omake" (ces bonus souvent parodiques que l'on retrouve notamment entre deux chapitres de manga), le film semble suivre une curieuse logique au premier abord. Mais peu à peu, à mesure que les relations entre les personnages s'établissent, que certains signes se répètent, cachés souvent au creux d'une séquence, une logique narrative se dégage de l'ensemble. Oeuvre sur l'harmonie des sentiments, Funky Forest nous montre des personnages en situation d'incommunicabilité traçant leur chemin vers l'autre. Ainsi, dans un premier temps, chaque séquence se termine sur une gène voire un rixe entre personnages. Entre copines, entre frères, entre professeur et élèves...



Au centre de l'échiquier, ce jeune couple adorable qui se regarde encore de loin. L'histoire ne sera ensuite que leur ouverture à l'autre, sur fond de rêveries musicales et extraterrestres. Scène-clé du film, la longue séquence de danse sur la plage rappelle, par sa douceur et son goût pour un effroi merveilleux, les rencontres surréalistes avec l'homme-mouton de Murakami. Avec, en véritable acmé, ce court échange verbale où, par la grâce d'une quasi homophonie, l'injonction "Montre-moi tes sentiments!" percute "Montre-moi comment tu danses!". Dans les tréfonds de l'hôtel du Dauphin, l'homme-mouton sourit.