Cinémix /// A.K.A. Serial Killer (1969)

"Le cinéma constituait pour nous un point de départ, une porte d’entrée. C’était comme un catalyseur de notre propre réflexion et rapport au monde. (...) C’était un prélude à l’éveil de notre conscience. Cette fonction du cinéma a malheureusement disparu aujourd’hui." (Naruhiko Onozawa, critique, documentariste et producteur, notamment de Masao Adachi)



"Un assassin a commis quatre meurtres". Premier cercle de notre série de cinémixes intitulée La Trilogie Infernale, A.K.A. Serial Killer nous propose de refaire le parcours du meurtrier, sans s'encombrer de reproductions graphiques, juste en traversant les lieux visités par le tueur et en décrivant d'une voix monocorde, sur fond de jazz elliptique et cabossé, les circonstances des crimes. Mais le projet de son réalisateur Masao Adachi ne s'arrête pas à un simple constat-enquête froide puisque c'est avant tout la mise en scène d'une théorie politique développée par lui-même et le critique Masao Matsuda. Une théorie dite "du paysage" qui veut que "Tous les paysages que nous voyons au quotidien, et surtout les beaux paysages reproduits sur carte postale, sont fondamentalement liés à une figure du pouvoir dominant."



On a donc un film qui, au premier abord, semble pittoresque, exotique, images presque d'Épinal d'un Japon rêvé, Mont Fuji, temples et balades en bicyclette compris. Pourtant, quelque chose cloche rapidement. Plans décadrés, images de rues désertes, les hommes pris à la longue focale, au loin. L'errance labyrinthique à la frontière de la scène et des coulisses. Et ces scotchages au ras du bitume qui reviennent cycliquement, ici sur des roues de camions, là sur le tarmac et des avions dont on ne sait s'ils décollent ou atterrissent. L'impossibilité de la transcendance, l'éternel glissement sur la surface des choses.

Identifiant d'emblée par son titre le spectateur au tueur (nous sommes le film), Adachi met en place subtilement sa démonstration sur la théorie du paysage, faisant ressembler peu à peu le Japon à un décor ayant forcément un envers et donc une organisation-représentation où s'agitent des hommes réduits à une fonction, un rôle à jouer. Symboliquement, le film s'ouvre sur une procession religieuse et se termine sur une manifestation encadrée par une police musclée. Mélancoliquement, sur la fin, on aperçoit bien les manifestants. Pourtant, Adachi fait le choix de nous montrer au cours de cette séquence de plans d'artères vides (sinon au loin) de toute circulation, tant humaine que mécanique. Car la pièce, au final, se joue toujours un peu à côté de nous. et le jeu est bien de réinvestir la scène et de rompre les rapports de force.



En oblitérant la piste audio initiale (donc tout l'aspect chronique criminel du film d'Adachi), le cinémix que nous vous proposons vise à dégager l'essence même du projet cinématographique de Masao Adachi. Ainsi, plus d'infos auxquelles se raccrocher, simplement l'image hypnotique et la musique illustrative. Faire d'un film non-musical, heurté, une rêverie lancinante et séquencée. Respecter l'idée-même de la théorie du paysage tout en l'emmenant ailleurs, sur un territoire plus abstrait, poétique. En espérant que nous atteignons ce but, dans le plus grand respect de l'oeuvre et de son réalisateur.

Réalisateur, activiste, scénariste, critique, théoricien, poète, acteur et prisonnier politique, Masao Adachi, emprisonné au Liban en 1997 pour "passport violations", fut extradé vers le Japon en 2000, mais demeure toujours sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire du fait de son engagement politique au côté de l'armée rouge japonaise au cours des années 70 et de ses prises de positions révolutionnaires.

Pour downloader le cinemix, cliquez simplement sur les deux liens de téléchargement ci-dessous:) Et merci à l'uploader original sur Surrealmoviez ;-)

Part 1 /// Part 2

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